Au Canada, le dépistage du cancer colorectal peut être effectué au moyen des tests RSOS et TIRSOS (http://www.colorectal-cancer.ca/fr/depistage/depistage-actuel/). Toutefois, puisque l’exactitude diagnostique de ces tests est sous-optimale, les chercheurs étudient présentement d’autres options non effractives visant à dépister le cancer colorectal en temps opportun. Les scientifiques ont déterminé que pour de nombreux cas de cancer à un stade précoce, incluant le cancer colorectal, les modifications épigénétiques sont beaucoup plus fréquentes que les mutations génétiques. C’est pourquoi on étudie actuellement la méthylation de l’ADN, les ARN non codants et les modifications des histones afin d’identifier les marqueurs potentiels qui permettront de poser un diagnostic ou un pronostic dans un contexte de cancer colorectal.

Les biomarqueurs de la méthylation de l’ADN

La communauté scientifique se penche actuellement sur les marqueurs présents dans le sang, les selles, la salive et l’urine. Plus particulièrement, la méthylation de l’ADN fait l’objet de nombreuses recherches, et certains groupes ont présenté une sensibilité de 90 à 95 %, avec une spécificité allant de 85 à 94 % pour certains des biomarqueurs du cancer colorectal. Certains gènes ont été identifiés comme étant des marqueurs prometteurs : c’est le cas notamment de l’isoforme de la pyruvate kinase de type M2 (PKM2) spécifique aux tumeurs, des inhibiteurs de l’activité des métalloprotéases matricielles (TIMP-1), de la vimentine (VIM) et de la septine 9 (SEPT9). La méthylation de l’ADN est également étudiée pour ses biomarqueurs pronostiques et ses marqueurs de prédiction de la réponse au traitement. En particulier, les cancers présentant un phénotype méthylateur CIMP sont fortement associés à un pronostic général défavorable, mais semblent bien réagir à la chimiothérapie adjuvante à base de 5-fluorouracile. Le facteur de transcription AP2 epsilon (TFAP2E) semble également prédire une réaction à la chimiothérapie à base de 5-fluorouracile.

Les biomarqueurs des modifications des histones

Les biomarqueurs diagnostiques et pronostiques des modifications des histones ont été beaucoup moins étudiés pour le moment, notamment en raison des limites techniques qu’imposent les analyses employées pour la caractérisation de la structure de la chromatine. Certaines études ont démontré que l’acétylation de la lysine 56 de l’histone H3 et la bi- ou tri-méthylation des lysines 9 et 27 de l’histone H3 seraient potentiellement des marqueurs pronostiques du cancer colorectal. Pour le moment, ces résultats ne sont que préliminaires et seront sans doute explorés plus en profondeur grâce aux nouveaux outils bioinformatiques et à l’optimisation des technologies de séquençage de nouvelle génération.

Les biomarqueurs des ARN non codants

En revanche, les ARN non codants, et en particulier les microARN, ont suscité un grand intérêt dans la communauté scientifique. Les biomarqueurs du sang et des selles ont été étudiés, et de nombreux candidats, notamment miR-21, miR-92a, miR17-3p ou miR-106a apparaissent comme des marqueurs diagnostiques potentiels. MiR-21 a également été associée à un faible taux de survie des patients, et de nombreux autres microARN ont été proposés comme marqueurs pronostiques. Au fil de l’avancement de la recherche, les scientifiques espèrent concevoir un panel de biomarqueurs qui permettra de détecter fidèlement les stades les plus précoces du cancer colorectal et d’établir un pronostic précis.

L’épigénétique nous a offert de nouveaux outils pour mieux comprendre les causes complexes du cancer colorectal. Alors que la communauté scientifique continue d’élucider les mécanismes en jeu, on découvre des biomarqueurs épigénétiques qui permettront de diagnostiquer le cancer colorectal, de le classifier et d’établir un pronostic juste. Des recherches poussées portant sur ces biomarqueurs nous permettront sans doute de mettre au point des analyses hautement performantes pour mieux prévenir le cancer colorectal et assurer une meilleure prise en charge des patients.

http://www.genengnews.com/gen-news-highlights/pan-cancer-epigenetic-signature-readable-in-circulating-tumor-dna/81252334

Références :

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