«Aujourd'hui, 124 personnes au Québec vont apprendre qu'elles ont le cancer et 56 autres en mourront», a illustré le Dr Gilles Pineau hier. Sur la photo, une salle du nouveau pavillon d'oncologie de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Alors que le cancer est officiellement devenu la première cause de mortalité au pays, à peine un Québécois malade sur huit voit son souhait de mourir à la maison exaucé.

Selon le dernier rapport de la Société canadienne du cancer, dévoilé hier matin, la qualité et la disponibilité des soins en fin de vie sont «les défis majeurs des 20 prochaines années». L’organisme lance un appel aux gouvernements afin de concevoir une vaste stratégie nationale pour permettre aux malades de mourir dignement à l’endroit de leur choix, et à leurs proches de disposer d’un appui adéquat.

«Mourir tout seul à la maison ou dans un couloir d’urgence, sans accès adéquat à des soins pour soulager la douleur, c’est quelque chose qu’on ne peut accepter en 2010, même en période de restrictions budgétaires», a déclaré en conférence de presse Suzanne Dubois, directrice générale de la division québécoise de la Société canadienne du cancer.

Les données disponibles les plus récentes, datant de 2005, font état de 230 132 personnes mortes au Canada, dont 29% ont succombé à l’une des 200 formes de cancer. Les maladies de l’appareil circulatoire, elles, ont reculé pour la première fois au second rang avec 28% des cas.

Il ne s’agit pas d’une nouveauté au Québec, où le cancer est devenu le premier tueur en 2000, selon l’Institut national de santé publique. En 2005, il représentait 32,2% des décès, contre 25% pour les maladies de l’appareil circulatoire.

Ce bilan continuera à s’alourdir en raison du vieillissement de la population, estime le Dr Gilles Pineau, conseiller scientifique à la SCC. «Aujourd’hui, 124 personnes au Québec vont apprendre qu’elles ont le cancer et 56 autres en mourront, a illustré le médecin en conférence de presse. Le tiers de ces morts sera causé par le cancer du poumon. Le plus tragique, c’est qu’il est évitable parce que lié à l’habitude de fumer.»

Accès inégal

Quatre types de cancers – poumon, colorectal, prostate et sein – sont à eux seuls responsables de 54,4% de la mortalité. Près de la moitié surviennent à l’hôpital, 18,6% dans des établissements de soins de longue durée, 9,7% à la maison et 4,6% dans des maisons consacrées aux soins de fin de vie.

Or, plus de huit Québécois atteints de cancer sur dix souhaiteraient mourir à la maison, selon une étude publiée en 2003 dans le Journal de l’Association médicale canadienne. L’écart entre leur volonté et la réalité est énorme, note le Dr Pineau. «Environ 85% des Canadiens qui veulent des soins à domicile n’y ont tout simplement pas accès. Chaque centre de santé – il y en a 95 au Québec – a ses budgets et ses priorités, et on relève des différences énormes d’accès et de qualité de soins.» Que ce soit en matière de nombre d’heures disponibles pour les patients à domicile, de la présence auprès d’eux d’infirmières et de médecins, les soins offerts peuvent varier de façon spectaculaire à quelques rues de distance, précise le Dr Bernard Lapointe, chef de la division des soins palliatifs à l’Hôpital général juif. «On a beaucoup de choses à faire pour assurer l’accès à des soins de fin de vie empreints de compétence et de compassion.»

Avec un taux de décès à domicile de 9,7%, le Québec fait légèrement meilleure figure que l’Ontario (9,2%) mais est loin derrière la Colombie-Britannique (20,4%) et la Nouvelle-Écosse (21,1%). À l’échelle internationale, ce taux est bien plus faible que ceux relevés notamment au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis, selon une compilation de la SCC.

La Société canadienne du cancer demande aux gouvernements une série de mesures pour appuyer les malades et leurs proches – hausse du nombre de semaines de prestations, par exemple – et recommande à Québec de mettre sur pied un réseau de soins palliatifs. On souhaite notamment doubler le nombre de maisons de soins palliatifs pour le porter à 46. Quant à la lutte contre le cancer, trois interventions permettraient à elles seules de sauver des milliers de vies chaque année: des campagnes antitabagisme constantes, un dépistage plus rigoureux du cancer colorectal et la sensibilisation des femmes de 50 ans et plus à l’importance de passer une mammographie.

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LE CANCER EN CHIFFRES

45 200

Estimation du nombre de nouveaux cas de cancer qui seront diagnostiqués au Québec en 2010 (173 800 au Canada)

27,6%

Chez les femmes canadiennes, pourcentage du cancer du sein dans les nouveaux cas diagnostiqués en 2010. Le cancer du poumon vient au deuxième rang, avec 13,4% des cas.

27,4%

Pourcentage de cancers de la prostate dans les nouveaux cas diagnostiqués chez les hommes canadiens en 2010.

20 300

Décès attribuables au cancer en 2010 au Québec (76 200 au Canada)

32,5%

Pourcentage des décès attribuables au cancer du poumon

88%

Proportion des Québécois âgés de 55 ans et plus parmi les nouveaux cas diagnostiqués en 2010

3,7%

Des décès dus au cancer surviennent aux urgences, une situation jugée «inacceptable» par la SCC

Source: Statistiques canadiennes sur le cancer 2010


Source: cyberpresse.ca