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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
L’anniversaire de mariage avec la chimio
Ma femme et moi venons de célébrer notre dix-huitième anniversaire de mariage. Nous avons passé la journée de façon somptueuse en nous payant une visite au département d’oncologie d’Oshawa, où nous avons consommé des cocktails de chimio, suivis d’un interlude romantique au département de radiation du Sunnybrook. Vous pouvez ne pas penser qu’il y a quelque chose de sexy à avoir deux techniciennes de laboratoire qui vous descendent les tiroirs et qui font des rayons x de votre peteux, mais il y a des gens qui paieraient de bien gros sous pour cette sorte d’affaires. Ici, je l’ai eu pour rien. Je n’ai même pas eu à prendre l’avion pour la Thaïlande. La soirée a été couronnée à perfection par un dîner de gourmet pour quatre (les enfants à notre remorque) de burgers et de frites. Est-ce que les choses peuvent vraiment être mieux que ça ?
Alors que Suzanne et moi étions étendus sur le lit, ce soir-là, accompagnés du vrombissement mécanique de la pompe à chimio qu’on venait de m’attacher, qui reposait entre nous comme une sorte de ceinture de chasteté haute technologie, je lui ai demandé si, il y a dix-huit ans, elle avait jamais pensé que nous passerions ainsi notre anniversaire de mariage. Elle rit, marmotta et laissa tomber quelque chose, elle flatta ma pompe et se laissa glisser dans un sommeil bien mérité. Mais alors que j’étais étendu là, à penser dans le noir, le film des quelque quatorze dernières heures est repassé dans ma tête, et il m’est venu l’esprit de penser quelle belle journée ça avait été et à quel point nous étions vraiment chanceux de nous avoir l’un l’autre. Nous avions passé la journée, comme nous passons la plupart de nos journées ces jours-ci, à parler et à rire, et à nous écouter l’un l’autre. Partager nos pensées sur tout, de nos selles à nos mots croisés (un mot de quatre lettre pour chimiothérapie… qui commence par un F…). Je pensais aussi à comment nous nous touchons l’un l’autre pendant une journée. Une pression de la main, un léger frottement dans le dos en passant, des doigts à travers mes cheveux (ce qui en reste), un pied nu par-dessus un pied nu sous la table du petit déjeuner. Il y a des millions de façons de dire à quelqu’un que vous l’aimez, d’un baiser passionné au changement d’un pansement ou du drapage d’une couverture chaude sur des pieds froids. Et, pour finir, je pensais à nos enfants, le vrai fruit de ces dix-huit ans. Je pensais à leur patience et à leur bonne humeur à travers tous et chacun de ces jours étranges, et à leur joie simple et sans restreinte vis-à-vis rien de plus que des burgers et des frites dans la voiture. Ce sont de merveilleuses petites personnes avec qui je ne pourrai jamais passer trop de temps.
Finalement, je pensais à la façon dont toutes les pièces s’ajustent les unes aux autres si parfaitement dans le casse-tête de ma vie. Le casse-tête qui, jour après jour, morceau après morceau, me montre plus de ce pourquoi je suis ici et de ce que c’est que je suis supposé faire. Il y a dix-huit ans, je trouvais ce casse-tête presque indéchiffrablement difficile.
Donc, avec ma belle amie et partenaire qui dormait à côté de moi, ma pompe à chimio qui ronflait comme un minuscule, maléfique, pote, et mes garçons profondément enrobés dans leurs rêves, plus loin dans le corridor, j’ai découvert que j’étais capable de répondre à mes propres questions. Non. Il n’y a aucune façon au monde que j’aurais pu prévoir être si béatement heureux il y a dix-huit ans.
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