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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
Ma carte chimio
J’ai un million de cartes dans mon portefeuille. Cartes de crédit, cartes de débit, cartes de bibliothèque, cartes de clubs de livres, cartes de don d’organes, cartes de base-ball… comme je l’ai dit, beaucoup de cartes. Certaines sont plus utiles que d’autres, mais il y en a une ou deux là qui me font seulement secouer la tête. Savez-vous que j’ai vraiment une « carte cancer » ? Je l’ai. Je ne suis pas tout à fait sûr pourquoi, mais j’en ai une. Chaque fois que je vais à l’hôpital pour la chimiothérapie, je dois présenter ma carte au bureau d’accueil. C’est sans doute un effort pour dissuader les escrocs qui viendraient à l’hôpital et prendraient la chimio de quelqu’un d’autre. J’imagine que ça se produit beaucoup. Des junkies de chimio qui arrivent de la rue et se font passer pour malades pour avoir leur fix. Boy, c’est là que vous savez que vous avez réellement atteint le fond.
Je sais qu’il y a des raisons très réelles pour conserver une trace méticuleuse de l’information qu’il y a sur cette carte, et je suis content qu’ils le fassent, mais ça me fait encore rire. Croyez-moi, une carte, c’est la dernière des choses que vous avez besoin de dire si quelqu’un reçoit de la chimio. Regardez-leur les yeux, les cheveux, l’esprit ; c’est là que se raconte leur histoire à chaque fois.
Les gens de la radiation sont malins. Vous ne pouvez pas juste vous faufiler dans Sunnybrook et jouer de cajoleries pour avoir un bronzage de radiation gratuit, mon ami. Ils sont durs. Avant de vous admettre dans la salle, ils vous posent des questions embêtantes comme « Quelle est votre date de naissance ? » ou « Quel est votre second prénom ? » Et même si vous réussissiez d’une façon quelconque à passer ce point de contrôle en les dupant, pas moyen de contourner le qualificateur final. Une fois que vous êtes sur la table, ils vous baissent la culotte et vérifient votre derrière pour y trouver leurs tatouages spéciaux. Je pense qu’ils ont pris cette idée des Maçons. De toute façon, ça me tente, un de ces soirs, de leur donner la mauvaise réponse, ou de me faire à l’encre quelques nouveaux tatouages bien à moi sur les fesses, juste pour voir ce qui se produirait. J’imagine des lumières clignotantes qui s’allument, des klaxons qui hurlent et des grosses polices de la radiation qui m’expulsent à coups de pied au cul. À bien y penser, ça ne serait peut-être pas si mal ?
L’autre carte mystérieuse que je traîne avec moi, c’est la carte d’identité de cathéter. Une petite chose indispensable qui alerte instantanément quelqu’un à qui je prend le soin de la montrer, que j’ai un tube qui sort de mon bras. Je ne peux pas vous dire combien de fois par jour je dois montrer cette affaire-là. « Neil, peux-tu couper la pelouse ? » Flash. « Neil, peux-tu sortir les vidanges ? » Flash. « Neil, peux-tu… » Flash. Ça finit par être assez commode.
Je pense que ce que je déteste le plus concernant ces cartes, c’est que, comme le brassard de gaze médicale que je porte perpétuellement sur moi (pour tenir en place le tube qui sort de mon bras. Flash.), elles sont un rappel constant et importun que je suis pas en parfaite santé. Que quelque chose ne va pas à un certain niveau. Mais, je vous le donne en mille. Je le sais. Et je passe des quantités incalculables d’énergie à me mettre dans un état d’esprit joyeux pour me permettre de m’y faire. Je n’ai pas besoin d’une m… carte pour me le rappeler.
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