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Le Journal de Neil Crone

Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.

Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.


Chimio-chmimio

J’étais supposé commencer la deuxième ronde de chimio aujourd’hui. Suz et moi nous sommes rendus là et nous avons été arrêtés à la porte du département d’oncologie, et on nous a demandé de mettre de ces masques faciaux en papier jaune. Apparemment quelqu’un s’est présenté l’autre jour avec un soupçon de tuberculose. On ne peut que s’émerveiller devant le cerveau de la grosseur d’un pois qui donne à quelqu’un atteint de tuberculose l’ordre d’aller dans un service plein de gens dont l’âge est aux alentours de 80 et dont les systèmes immunitaires collectifs seraient incapables de combattre un hoquet. Quoi qu’il en soit, nous avons mis ces affaires-là et nous sommes entrés. J’étais affreux. La salle d’attente de l’oncologie est déjà assez triste quand vous pouvez voir le visage des gens, mais elle était tout simplement horrible quand vous ne pouviez voir rien d’autre qu’une mer de masques jaunes et d’yeux effrayés. Suz et moi avons enlevé les nôtres et nous nous sommes attirés les sourires de la rangée d’en avant. Cela a aidé un peu.

Le manège de mes rondes de chimio de chaque lundi, c’est qu’ils commencent par me prendre un peu de sang (je suis très brave et, habituellement, on me donne un suçon). Ils l’envoient de toute urgence au labo pour s’assurer que je n’ai pas de marqueurs de tumeurs dans le sang, ou d’Ebola ou d’autre chose, et puis, si tout va bien, ils procèdent à mes traitements. Bon, ils ont pris du sang, nous avons attendu, pour nous faire dire rapidement de retourner chez nous. Mon dénombrement de cellules blanches était trop bas pour risquer un autre bombardement, apparemment. Je n’avais jamais pensé prendre le dénombrement de mes cellules blanches personnellement, mais il faut que je vous dise que le vieil ego en prend un coup quand on vous dit que vous n’êtes pas exactement dans la forme, dans le bon vieux département des cellules blanches. L’infirmière avait aussi ce regard, comme si elle se demandait dans quels autres départements je pouvais aussi avoir des déficiences. J’aurais dû l’informer sur le champ, et en termes on ne peut plus clairs, que, chimio ou pas, M. Obsédé est toujours au poste, si vous pigez ce que je veux dire. J’ai vos cellules blanches juste ici, bébé.

De toute façon, nous sommes de retour à la maison. La deuxième ronde est remise à lundi prochain…c’est-à-dire, à la condition que ce monsieur de poule mouillée de cellule puisse réussir à en générer quelques blanches de plus. Je dois avoir la moelle osseuse de Stephen Hawking, ou quoi. Demain, nous rencontrons mon docteur radiation… Smiley. Il est un peu comme Ben Kingsley dans « The house of sand and fog », mais sans l’humour. Dieu sait ce qu’il va nous dire. Je ne commence pas la radiation avant presque un mois. Peut-être voudra-t-il seulement me rappeler gentiment une fois de plus que, même avec la radiation, mes chances ne sont pas fortes. Il est si drôle de cette façon. Nous rions à nous rouler par terre. Honnêtement, ce n’est pas que je veuille généraliser, concernant les oncologistes, je veux dire, ils ont une rengaine plutôt brutale, mais ces gars-là ont vraiment besoin de sortir et de rire un peu. Quand nous nous asseyons et que nous parlons avec mon gars de la chimio (aussi connu comme Bela Lugosi) je fais tout ce que je peux pour m’empêcher de m’étirer vers lui et de lui administrer une savate atomique. Juste pour voir ses yeux s’allumer pour une fois. Je suppose que je ne devrais pas être si dur envers eux. Ils se vautrent dans la mort toute la journée, les pauvres mecs. Je devrais le serrer bien fort quand je le vois. Peut-être Suz pourrait l’allumer. Ça me fait toujours me sentir beaucoup mieux.

Du côté positif, je viens d’avoir mes 44 ans en fin de semaine et j’ai eu du très bon temps. J’ai réussi à me quêter trois dîners au restaurant, le vendredi, le samedi et le dimanche, et je n’ai dû payer que deux d’entre eux.

Mon cadeau d’anniversaire est aussi arrivé aujourd’hui… un fauteuil à bascule LaZBoy flambant neuf et un sofa inclinable. Amenez la chimio, les gars, à partir de maintenant je m’étends en style. J’ai parfaitement positionné les choses pour pouvoir voir Calgary battre Tampa à plate couture ce soir.

Des amis m’ont récemment demandé qu’est-ce que je pouvais bien faire de mes journées, maintenant que je ne travaillais pas beaucoup. C’est une bonne questions et, il y a des jours où je dois me demander quoi diable j’ai bien pu faire dans la journée.

Je me lève généralement avec Suz et les gars, et nous prenons le petit déjeuner ensemble. Bien…, ils prennent un petit déjeuner… Je suis assis là et je me bourre d’une capsule après l’autre de suppléments et de vitamines, que j’avale avec une vile concoction « bonne pour mon système immunitaire », qui a un goût de chaussettes bouillies. Pendant la journée, j’avale plus de pilules que Keith Richards. Nous songeons sérieusement à nous équiper d’un plateau tournant pour la table à déjeuner, juste pour m’aider à garder la trace de celles j’ai déjà ingérées et de celles je n’ai pas encore ingérées.

Une fois que les enfants sont partis pour l’école, Suzanne et moi prenons habituellement le chemin d’Oshawa pour les traitements de chimio, si c’est cette semaine-là. Quand ce n’est pas le cas, elle peut partir à Uxbridge pour travailler (si je me sens assez bien pour être laissé à ma propre gouverne), et puis le chien et moi sortons faire notre marche matinale. Je remplis mes poches de carottes et de céleri (tous de bons antioxydants, vous savez), je mets mes verres fumés et mon chapeau mou, et nous voilà dehors.

Habituellement, nous sortons marcher le long des chemins de concessions à la campagne. C’est tout à fait charmant. À ce temps-ci de l’année particulièrement. J’ai dit à Suz un tas de fois que ce serait une bataille bien plus difficile à livrer au beau milieu d’un hiver morne et sombre. Comme ça, nous prenons notre temps, nous sentons tous les lilas et toutes les fleurs de pommiers que nous rencontrons et, généralement, nous en profitons diablement bien, de tout ça. Je passe chaque jour devant les mêmes champs, les mêmes forêts et la même rivière, mais chaque jour ils ont l’air un peu différent. La lumière est différente ou les blés ont grandi un tout petit peu, ou un fermier a labouré la terre. Je ne me fatigue jamais de ça et ça me laisse toujours un sentiment merveilleusement joyeux et positif. L’autre matin nous sommes presque entrés en collision avec un ours pendant notre marche. Maintenant, j’ai pris l’habitude de porter un sifflet. Bien que, il faut bien s’en rendre compte, il n’y a pas d’ours qui voudrait me manger après une chimio. Ça serait comme de se taper un sandwich de Warfarin. C’est en fait un de mes petits amusements. Juste après une pleine dose de chimiothérapie, je m’assoirais sur le patio d’en-arrière les bras exposés aux maringouins. Vous pouvez réellement les voir se gaver de votre sang, s’envoler et tomber morts à peu près à dix pieds. (Jésus, je viens de relire ça… Il faut que je trouve des passe-temps ou quelque chose.)

Le reste de la journée, vraiment, passe à faire un petit roupillon, un peu de lecture, beaucoup de bouffe de légumes et un peu de temps à l’ordinateur à écrire et à faire du rattrapage avec les courriels comme celui-ci. Habituellement, je suis au lit à 21 heures. Pas exactement Pierce Brosnan, mais je ne me plains pas. Quand les choses ralentissent comme ça vous trouvez vraiment de la joie et du plaisir dans les petites choses. Chaque courriel que je reçois, chaque note ou lettre, chaque visite, c’est de l’or. Merci à tous. Vous me gardez connecté au reste de mon monde.

Bon, ça a beaucoup trop duré, j’en suis sûr. J’ai un LaZboy tout neuf à aller roder.

Beaucoup d’amour et de santé à vous tous. Bien à vous en tous globules blancs,

Neil

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