Trouver du soutien > Histoires inspirantes > Le Journal de Neil Crone |
Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
La chimio, c’est comme d’être enceinte
Je commence à croire que d’être sur la chimiothérapie, c’est beaucoup comme d’être enceinte. Dans mon cas, je fais de la chimio tous les jours, cinq jours en ligne. Puis j’ai trois semaines de congé pour me reposer et laisser mon corps se refaire. Le cycle entier prend une trentaine de jours. Comme pour la grossesse, je peux en fait décomposer mon traitement en trimestres. Et les similitudes sont étonnantes.
Au début, je bouillonne d’enthousiasme, je suis curieux de lire tous les livres et tous les articles de l’Internet sur lesquels je peux mettre la main concernant le merveilleux processus qui est en train de se passer dans mon corps. Je mange tout ce qu’il faut, je fais diligemment mon exercice et je prends bien soin de moi. Je n’en peux pas d’entendre le son des petits pas des petits pieds toxiques. Comme je ne suis pas déjà passé par là, je suis, bien sûr, aussi un peu nerveux. Est-ce que ça va faire mal ? Ne sois pas idiot, que je me dis. Pourquoi ; tuer les cellules cancéreuses est la chose la plus naturelle du monde. Le monde fait ça depuis que le commencement du monde, niaiseux.
Dans mon deuxième trimestre, les choses ne sont plus aussi roses. Le merveilleux processus commencé dans mes premières semaines s’est maintenant transformé, franchement, en une royale emmerdouille. Je n’aime plus tellement mon corps. Je pense que j’ai l’air épouvantable. J’ai beaucoup de nausées et je me lève rarement du divan. Je suis grognon. Je suis toujours en pyjamas, ma version à moi de la robe de maternité.
Me nourrir est devenu un jeu de devinette très difficile. Je peux dire que j’ai envie de manger une chose, puis, du moment où je me mets à table devant un plat de ça, l’odeur me fait lever le cœur. Je suis envahi par des envies, habituellement pour des choses qui ne sont pas du tout bonnes pour moi. Après une session de chimio, je demande à ma femme de sortir de la route pour que je puisse commander une grosse assiettée de steak et d’œufs et de frites maison. Rien dans l’assiette, qui soit le moins du monde vert. Je le respire, ma femme m’observe sous le choc et avec un léger sourire. Elle sait mieux faire que s’objecter. Croyez-moi, vous ne voulez vraiment pas vous mettre en frais avec un homme qui en est à son deuxième trimestre de chimio.
Au moment où le troisième trimestre s’amorce, les patients de chimio, comme leurs contreparties féminines enceintes, sont bien rayonnants. Mais ça n’a rien à voir avec les hormones ou avec le bonheur d’un nouveau né en perspective. C’est juste le traitement à la radiation. Une fois qu’on vous a infligé assez de rayons x, vous pouvez lire sans allumer la lumière.
Finalement, le jour de l’accouchement arrive et mon tube d’intraveineuse se laisse arracher de moi avec bien des réticences. Ma femme jubile et nous rayonnons de bonheur. On me permet de le tenir pendant un moment avant de l’emporter. Les semaines passent et bientôt je me sens mieux, plus moi-même. Après un bout de temps, c’est remarquable, la douleur et la souffrance du premier accouchement sont oubliés. Et puis, à mesure que le temps passe, je me retrouve à avoir envie d’un deuxième traitement. Après tout, j’ai maintenant plus de quarante ans et il y a un certain degré d’urgence. Mon horloge biologique fait retentir son tic-tac avec force.
Alors, avant que je m’en rende compte, nous le refaisons encore joyeusement, avec bonheur, insouciants de ce qui s’en vient, de l’inconfort, de la nausée, des envies, de la fatigue paralysante. Pourquoi nous faisons ça ? Pour la même raison que le monde tombe enceinte, j’imagine.
Nous sommes en amour.
suivant L’anniversaire de mariage avec la chimio
Histoires inspirantes Page sommaire






