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Le Journal de Neil Crone

Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.

Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.


Le dernier chapitre !

Le dernier chapitre !

Chers amis, Ce sera, je l’espère sincèrement, le dernier courrier que je ferai pour vous depuis le « Cancer Central ». Je crois bien que nous sommes finalement à la fin. Bon, la fin de la chimio et de la radiation, en tout cas. Quel voyage étrange et merveilleux ça a été. Je me trouve pris dans un sens de curieuse absence de temps. La plupart des marqueurs habituels m’ont quitté, les choses au moyen desquelles j’avais coutume de pouvoir juger du passage de ma vie. Travail, horaire, échéance, même les corvées quotidiennes. Il me semble avoir flotté à travers ces six derniers mois à attendre et à espérer d’en arriver à ce point, à la fin.

Donc, un certain réalignement va s’imposer, je suppose. Ce sera bon. Je me sens prêt à travailler maintenant, prêt à revenir à la vie à un niveau plus de quelque’un qui contribue. À mesure que ma santé et mon énergie me reviennent, je me retrouve à anticiper à nouveau le défi de mon travail, les auditions, l’étude, la représentation. Je veux enlever la charge de Suzanne qui en a porté tant pendant si longtemps. Je veux lui donner un repos, la laisser concentrer son attention sur sa propre vie pendant un moment.

Les deux dernières rondes de chimio ont été très tolérables. Une demi-heure dans le fauteuil tous les matins pendant une semaine, puis trois semaines de congé pour récupérer. Je les ai trouvées plus faciles qu’au milieu de l’été, avec la pompe et les manoeuvres de radiation tous les soirs. Le point de vue est tout. Vendredi dernier, mon dernier jour au service d’oncologie a été étrange. J’étais immensément heureux de partir. J’ai apporté aux infirmière un bouquet de fleurs comme remerciement bien insuffisant et, quand le moment est venu de me lever du fauteuil pour la dernière fois, je me suis en fait senti très triste. Surtout, je pense, pour ceux qui étaient encore dans les fauteuils. Ils ont applaudi et salué de leurs bras intraveineusés, mais leurs yeux, Dieu les bénisse, avaient l’air si fatigués. Il y avait une dame âgée qui était assis à côté de moi en ce dernier jour. Nous avions été voisins de fauteuils pour la semaine et, à cause de ça, je ne pouvais pas m’empêcher d’entendre certaines des conversations qu’elle avait avec son mari et son fils, qui l’accompagnaient chaque jour. Elle pesait 185 lbs quand elle a commencé ses traitements et elle avait une riche chevelure qui lui allait à l’épaule. Elle pesait maintenant 109 lbs et elle avait le scalp d’une autruche. Elle arrivait à son fauteuil tous les matins en fauteuil roulant, emmitouflée dans des couvertures pour se couper du frisson qui semblait lui coller à la peau. Elle était dans le fauteuil longtemps après mon départ chaque jour. Et pourtant elle trouvait la force de rire à l’occasion et avait toujours un sourire pour les infirmières. Je l’ai trouvée tout à fait étonnante et, à mon dernier jour de chimio, je le lui ai dit. J’ai tendu la main pour toucher ses mains tremblantes et je lui ai dit quelle inspiration elle était pour moi. Je l’ai remerciée d’avoir mis mes propres plaintes à leur place. Elle a souri, d’un beau sourire, et elle a chuchoté qu’elle en était très heureuse. À ce point-là, j’aurais pu la prendre et l’emmener chez moi.

Ah, oui, mon coeur s’est fendu un peu quand j’ai envoyé une bise à la salle et quand je leur ai souhaité à tous une bonne santé. J’espère qu’ils seront tous sortis sous peu. Quant à moi, je ne pouvais pas sortir assez vite de ce maudit hôpital. Hier soir, Suzanne et moi avons porté un toast au champagne et une célébration de brûlage de la carte de chimio pour quelques voisins et la famille. J’aurais espéré vous avoir tous là. Mais il y a encore du temps pour ça, mes amis, encore du temps pour ça.

J’ignorais combien de force j’aurais pour célébrer, ce soir-là, mais nous ne pouvions tout simplement pas laisser passer ce moment mémorable sans une sorte de fête. Donc, après quelques toasts et mercis, nous avons mis ma carte de chimio sur un plateau d’argent choisi spécialement pour la circonstance et nous avons brûlé la foutue fiche. Quel plaisir. C’était encore plus plaisant d’avoir une maison pleine des rires et des voix chaleureuses de nos amis. Je n’avais pas tant ri depuis un moment. C’était particulièrement beau de voir Suzanne se laisser aller et « jouer » à nouveau. Je pouvais voir le poids qui tombait de ses adorables épaules.

Donc, nous y voilà. Cette semaine se passe bien. Les effets secondaires des doses de la semaine passée ont été très faciles à gérer, même si ma pauvre Suzanne a dû faire son café du matin dehors dans le garage, parce que l’odeur (pour quelque stupide raison) me donne soudainement l’envie de vomir. Mais ça va passer dans quelques jours. Trois soirs par semaine, elle et moi et Connor sommes en répétitions pour « The Nerd ». Une pièce que nous faisons avec un groupe local à Uxbridge. Cela a été une diversion bien nécessaire de la nausée et une grande source de rires pour nous tous. Un bon tremplin pour le retour au spectacle aussi.

Et très bientôt, j’espère vous revoir tous. Si mes niveaux d’énergie continuent à monter comme ils l’ont fait, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas être de retour à poignarder d’autres comédiens dans le dos dans une semaine ou à peu près.

Alors je pense que le temps est venu de fermer le livre sur cette chose. Remarquable à quel point je trouve aigre-doux d’écrire ces lignes. Vous m’avez tellement tous aidé dans la passage de cette maladie que j’hésite un peu à lâcher prise. Peut-être devrais-je finir en prenant une page de mon propre livre de chimio et vous dire que vous avez tous été une énorme inspiration pour moi et plus. Permettez-moi de vous embrasser tous et de vous souhaiter une santé éternelle.

Bien à vous dans le plus grand des amours et de l’affection,

Neil

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