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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
On n’est nulle part aussi bien que chez soi
« There is no place like home », on n’est nulle part aussi bien que chez soi. C’est bien ça, Dorothy. Quand vous êtes malade ou en convalescence, ou carrément juste épuisé, rien ne vaut votre chez-vous. C’est étonnant combien c’est réconfortant de seulement être dans vos affaires à vous. C’est comme si vous étiez à nouveau entouré d’un millier de petits talismans qui tous vous transmettent leur pouvoir de guérison. Des choses qui, dans des circonstances normales, pourraient être un agacement, le bruit sourd de la sécheuse, le clapotement de la laveuse à vaisselle, et même le son des ongles du chien qui font clic, clic sur le plancher de bois franc, sont maintenant des suggestions réconfortantes et peut-être même hypnotiques que tout sera bientôt bien. Même si vous avez la pitourne au lit, incapable de dormir, il y a un certain confort à savoir qu’au moins vous êtes tout à fait réveillé dans votre propre lit. Même vomir est toujours plus tolérable dans votre propre toilette.
Pendant mes premiers jours de retour à la maison, quand je passais la majeur partie de mon temps sur le sofa du salon, le plus beau son de la journée se produisait vers les 15 heures. J’entendais la porte de la salle familiale s’ouvrir et se fermer en claquant, suivi des voix joyeuses et énergiques de mes enfants qui criaient « Allô, c’est nous ! ». Au début leur mère essayait de leur faire baisser le ton, pour laisser leur père dormir, mais j’y ai mis mon veto. Leurs voix et leurs rires, et leur léger babillage d’oiseaux qui flottait dans l’air en provenance de la cuisine était un guérisseur plus puissant que mille antibiotiques.
Je suis l’homme le plus fortuné du monde aussi parce que j’ai une femme qui, à ce qu’il semble, est née pour guérir les gens. À partir du moment où ma maladie a été diagnostiquée, un moteur s’est mis à tourner à l’intérieur de ma femme. Un petit moteur juif à deux temps, construit il y a plus de deux millénaires, qui tourne comme un moine. Cette chose produit des soins et de la bonté à pleine louche. De l’aube au crépuscule je peux entendre ma femme et son petit moteur juif dans la cuisine, versant de l’amour et de la guérison et de l’espoir dans des moules à muffin et des vers à jus et des casseroles de plats cuisinés. Les cellules cancéreuse sautent hors de mon corps comme des rats d’un vaisseau en train de couler. Ma femme les déteste et elles le savent. Seuls celles qui sont stupides et orgueilleuses restent encore aux alentours et elle a prévu quelque chose de spécial pour elles. Qui aurait pensé que j’aurais jamais des bons sentiments pour quelques cellules cancéreuses pisse-vinaire.
Le seul être chez moi qui soit un peu indifférent à ma situation, bien sûr, c’est le chien. Le chien qui ne va pas se lever de sa place devant le poêle à bois quand j’ai besoin de me glisser par là. Le chien dont la seule préoccupation était que je puisse développer la maladie d’Alzheimer et oublier où on garde sa laisse. Le chien, avec son propre bagage. Il me regarde avec une certaine mesure de dédain, quand je suis étendu sur le divan. Je sais à quoi il pense. Il pense que si ce n’était pas de moi, il aurait ce divan pour lui tout seul et il pense que, si je suis si malade, comment se fait-il que je ne porte pas de ces colliers en entonnoir autour de la tête pour m’empêcher de me lécher. Oui, Dorothy, on n’est nulle part mieux que chez soi.
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