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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
Un humour de tumeur
Rebonjour tout le monde. Merci pour la lecture et le rattrapage. Désolé qu’il se soit passé un certain temps depuis mes derniers écrits. J’ai été à plat et hors de circulation pour un moment. Je pense que j’ai vraiment touché le fond la semaine dernière. Ou au moins un fac-similé raisonnable. Juste après la deuxième semaine du combo radiation et chimio (ça, c’est du Xtra large), la diarrhée de calibre industriel est arrivée sur la scène. Oh yeah, les amis, c’était biblique à flipper. Rien ne me restait dedans plus que quelques minutes. Même cet anté-Christ de l’Église de la fibre, le « WonderBread » avait une carte « Droit à la sortie ». Ne passez pas, ALLEZ-Y, ne visitez pas l’intestin du tout… ne faites que prendre des photos, ne laissez que des empreintes.
Mon oncologiste, qui, soit dit en passant, se réchauffe un peu, il sourit maintenant et Suzanne et moi pensons qu’il se peut qu’il ait fait une blague il y a peu… mais c’était difficile à dire. C’est le genre de gars qui peut faire qu’une farce à se rouler par terre sonne comme une sentence de mort. De toute façon, il a en fait été tout à fait chic concernant ce tournant des événements, et même, j’oserais dire, empathique. Il m’a donné un congé d’une semaine de la chimio et a demandé aux gars de la radio de faire la même chose. Mais, j’imagine que les gars de la radio font partie d’un autre syndicat ou qu’ils ne prennent tout bonnement pas les sottises d’un oncologiste, parce qu’ils ont insisté pour continuer le traitement.
Hé bien, ça a duré jusqu’à mercredi matin, alors que les choses s’étaient détériorées jusqu’au point où Suz et moi ne pensions pas que je pourrais faire le parcours en voiture vers Sunnybrook à moins que l’un d’entre nous porte des « Depends » et peut-être un snorkel. Après deux ou trois appels téléphoniques, la Radiation a fini par céder et m’a donné le reste de la semaine de congé. Alleluia !
Je suis maintenant revenu à la pompe à chimio, mais à une dose plus faible qu’avant, et je vais à la radiation en soirée. Je reçois maintenant deux injections par jour, pleines d’un médicament miracle qui est sensé m’aider immensément à combattre la diarrhée et aussi à combattre la croissance de tumeurs (ça sonne aussi bien que Crest, pensez pas ?). Jusqu’à maintenant, des infirmières de soins à domicile me piquaient avec les aiguilles mais ce soir, Suzanne qui, j’en ai le ferme espoir, a suivi de très près l’opération, va essayer de s’y faire la main.
En fait, je suis sûr que ça va être naturel pour elle. Avant ça elle avait pris charge des vidanges salines et des injections d’Heparin dans mon CCIP, et ce fut pour elle comme de dégringoler d’un billot. Cette femme peut tout faire. Mais là, si vous pensez que je vais garder les yeux ouverts pendant cette première tentative à l’aiguille ce soir, vous vous trompez.
À part des trots, je me sens comme il faut. La nausée est gérable la plupart du temps, spécialement si je peux me tenir l’esprit occupé à quelque chose d’autre. Je ne remarque même plus, à peine, le CCIP, et même la pompe a l’air d’un vieil ami. Bon, pas vraiment ami, plutôt comme, disons, un vieux professeur d’atelier ou cette vieille du quartier de qui votre mère disait qu’il fallait être poli avec elle, même si elle avait une haleine de cheval et qu’elle avait l’air bizarre.
Je me suis presque rasé les cheveux. Ils m’ont dit que mes cheveux ne seraient pas affectés par la chimio, mais ils mentaient. Les bâtards. J’ai remarqué il y a quelques semaines que ça s’éclaircissait plutôt beaucoup sur le dessus. Un matin, j’ai regardé dans le miroir et j’ai vu M. Roper qui me regardait. Ça a été la fin de ça. J’ai donné la tondeuse à Suz et je lui ai fait faire une attaque préventive. Elle l’a descendu jusqu’au bois. Et je pense que j’aime ça. Pour sûr c’est de peu d’entretien. Bonne nouvelle pour un gars qui n’a pas pu prendre une douche depuis un mois. J’ai l’air d’un homme d’affaires allemand qui commande un schnapps dans un bain de vapeur.
Spirituellement et sentimentalement, je m’accroche. Merci, en grande partie, à tant d’entre vous qui, d’une certaine façon, réussissent à me faire parvenir des signes de votre amour juste au bon moment. Je l’ai peut-être mentionné avant, mais je ne peux réellement pas vous dire à quel point Suz et moi sommes frappés de stupeur à regarder l’univers prendre soin de nous. Je sais que ça peut sembler farfelu pour beaucoup d’entre vous, mais, croyez-moi, quand vous avez été témoins d’assez d’ouvertures de portes juste à temps et de bras apparaissant pour vous attraper au moment où vous pensiez être sûr que c’était le temps où vous frapperiez le plancher, vous devenez rapidement un croyant.
Par exemple, au milieu de ce qui fut peut-être mon moment le plus noir de la semaine passée. Quand j’en étais au point de penser que je ne pourrais pas faire un pas de plus dans toute cette démarche, une lettre est arrivée. Je n’ai pas reconnu le nom et l’adresse de retour. Je l’ai ouverte et j’ai lu la note la plus belle écrite par une jeune femme. Elle était une lectrice de ma chronique et s’était sentie portée à m’écrire, pour me parler de l’incroyable bataille de sa mère contre le cancer du sein. Elle ma raconté que sa mère avait dansé à son 40e anniversaire de mariage, avec sa pompe à chimio par-dessus sa robe. Elle parlé du rire de sa mère et de son état d’esprit, qui était aussi brillant que le soleil jusqu’à ce que la maladie l’emporte, en avril dernier. C’était une des choses les plus adorables que j’aie jamais lues, et c’était venu au moment exact où j’avais besoin d’entendre quelque chose comme ça.
Suzanne est arrivée dans la cuisine pour me trouver à brailler comme un chiot. « Qu’est-ce qui ne va pas, chéri ? », qu’elle m’a demandé en mettant ses bras autour de moi.
« Jolie… lettre », ça a été tout ce que j’ai pu gargouiller entre mes reniflements.
Ce genre de choses arrive tout le temps. Il ne se passe pas une semaine où des bras chauds ne sortent pas de quelque part pour nous embrasser tous les deux. C’est vraiment quelque chose.
Bon, je vois que je me suis déjà laissé aller pendant un bout de temps. En terminant, permettez-moi de dire que vous me manquez tous beaucoup. Mais nous en sommes maintenant à la mi-temps de toute cette merde et je sais que ce ne sera pas long avant que je puisse revoir beaucoup d’entre vous en chair et en os. Ceux d’entre vous que je n’ai pas encore vus en chair et en os, vous pourriez peut-être vouloir commencer à faire de l’exercice.
J’aime chacun d’entre vous avec la force de dix « Grinches », plus deux.
Neil
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