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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
Les deux adieux
Cette semaine, j’ai dit adieu à deux vieux amis. Pour un, c’était pour toujours, pour l’autre, j’espère beaucoup que ce ne soit qu’un éloignement temporaire.
Le premier était mon voisin et cher ami, (on va l’appeler Agamemnon), qui déménage dans une autre ville, à deux ou trois heures de distance. Je ne me rappelle pas, depuis mon enfance, de ce sentiment de tristesse et de vide d’un “copain” qui quitte le quartier. Je le ressens encore maintenant. Parce que même si nous disons tous que nous allons garder contact, que nous allons nous écrire, nous envoyer des courriels, nous téléphoner, etc., inévitablement la distance l’emporte sur toutes les bonnes intentions, le courant rapide d’une vie débordante nous charrie, et les liens sont relâchés ou on les laisse simplement se dissoudre. Est-ce que ça ne semble pas toujours être comme ça que ça se passe ?
Mais, pour le moment, mon ami me manque énormément. Et pas d’une façon où je n’ai plus un compagnon à déjeuner deux fois par semaine, ou un partenaire au squash ou un copain de pêche. Aggie et moi ne faisions jamais de ces choses-là. En fait, nous ne nous voyions presque jamais pendant la semaine. Mais mon ami était une âme soeur. Cette très rare personne avec qui vous connectez automatiquement et vous vous sentez en sécurité quand vous lui présentez votre gorge. Le genre d’ami qui gobe immédiatement vos idées les plus saugrenues et qui saisit le plus subtil de vos sarcasmes simplement parce que vous êtes sur la même longueur d’ondes. Des amis comme ça n’ont pas besoin de se voir beaucoup. C’est juste bon de savoir qu’ils sont tout près. Des amis comme ça, je dirais, sont rares. Encore plus rares chez les hommes, qui sont plus souvent qu’autrement hésitants à aller confortablement plus loin qu’une tape dans le dos et qu’une bière froide dans la main. Je vais donc m’ennuyer de mon ami Agamemnon. Il nous restait encore beaucoup de précieux terrain à couvrir.
Mon autre adieu, celui que j’ai fait à un ami que j’espère ne plus revoir jamais, était d’une nature plus complexe. Après six longues semaines, j’ai finalement dit adieu à ma pompe à chimio. Vous pouvez penser que six semaines, ce n’est pas particulièrement beaucoup de temps pour qu’une relation se développer, mais c’était une affaire de vingt-quatre heures par jour, sept jours par semaine. Nous allions partout ensemble. Nous étions, bien littéralement, inséparables. Au début, je dois vous le dire, je la détestais. Je la trouvais bruyante, intrusive et dérangeante. Pendant la majorité de ces six semaines, j’étais impatient de m’en débarrasser. J’ai maudit à voix haute et de façon répétée sa maudite présence et je suis plusieurs fois venu à un cheveu de prendre des mesures extrêmes. Mais, c’est étrange, pendant les derniers jours de notre union, je me suis trouvé à ramollir. Les écailles me sont tombées des yeux et j’ai réalisé, pas trop tard j’espère, que celle que j’avais pensé être un ennemi empoisonné était peut-être le meilleur ami que j’avais jamais eu. La brute avait peut-être été ennuyeuse et fastidieuse, mais son seul but était, je le réalise maintenant, de me sauver la vie. Et c’est probablement justement ça qu’elle a fait.
Me voilà donc tout seul avec mes regrets. Regrets, d’un côté, pour les choses non dites et, de l’autre, pour les choses peut-être dites trop fort. Je suppose qu’il y a là une leçon à quelque part.
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