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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
Nouvelles du « Cancer Command »
Salut, tout le monde…
Bon, nous y revoilà. Je me sens assez bien aujourd’hui. Les deux dernières semaines n’ont pas vraiment été bien jojo. De loin pas aussi plaisantes que la première ronde. La chimio m’a écroué beaucoup plus dur cette fois-ci. Je me demande si, peut-être, ils vous en donnent un petit peu plus à chaque ronde… vous savez, juste pour faire une blague, pour voir si vous vous en rendez compte. Cette fois-ci, j’ai été envahi de bobos de bouche. Ma gorge s’est enflammée au point où c’était difficile d’avaler pendant quelques jours. Et, pour une raison quelconque, il était brutalement douloureux de bailler. Il va sans dire que je me suis abstenu de regarder les débats politiques ou quoi que ce soit où il y avait Howie Mandel. Mais c’est ma lèvre inférieure qui a pris le pire des dommages. Cette dernière semaine, j’ai eu l’air de quelque pauvre hère sorti de l’Expédition Franklin… couvert de plaies jaunes et couvertes de croûtes qui s’arrachaient pendant mon sommeil et… bon vous avez compris. Et, ho oui, est-ce que j’ai mentionné la diarrhée… quel négligent je fais. La chimio bouffe toutes les cellules qui se reproduisent rapidement, bonnes ou mauvaises, ce qui fait qu’elle s’en prend en grand à votre voie gastro-intestinale. Le résultat, c’est que votre nourriture vous passe à travers plus vite qu’un enfant bouffi de graisse sur la glissoire à eau. Avec ça, bien sûr, viennent les gaz obligatoires. Et je ne parle pas de “coups de klaxon” ici, les amis. Je parle de matière qui fait paraître Passchendale comme du gâteau. Des photos satellites révèlent un nouveau trou dans la couche d’ozone au-dessus de Sunderland. On peut regarder la télévision ensemble et il va me prendre une attaque et, avant que je m’en rende compte, Suzanne et les garçons vont se traîner hors de la pièce sur le ventre, et Suzanne qui crie « Pissez sur vos mouchoirs ! ». C’est pas du joli. Mais nous apprenons à en rire. Moi, au moins.
Je réalise, lentement, qu’il y a dans cette bataille tant de choses qui sont mentales. Il vous est impossible de sentir la chimio passer à travers votre corps, et l’aiguille ne fait mal qu’un instant, et peut-être que chacun des cellules de votre corps hurle « Ne mettez pas cette merde ici-dedans ! Êtes-vous cinglés ? C’est du poison ! Vous allez avoir encore de la merde, mon ami ! » Le résultat (au moins pour moi), c’est que vous faites une très forte réaction psychosomatique à tout le processus. Je commence à sentir des nausées du moment où j’entre dans l’hôpital. La senteur de l’alcool à friction me fait quasiment hurler. Quand vous vous assoyez dans la chaise pour prendre votre médicament, on vous donne quelque chose de froid à vous mettre dans la bouche pour dilater les vaisseaux sanguins (comme je l’ai déjà mentionné, la chimio va rapidement droit à la bouche et à la voie gastro-intestinale), pour limiter les dommages du médicament. Vous avez le choix entre une glace à la vanille, des popsicle, ou de la glace pilée. Pendant ces deux dernières sessions je les ai toutes essayées et, maintenant, je ne peux pas supporter même de penser à aucune des trois sans un haut-le-coeur. Ceux d’entre vous qui avez visité un Dairy Queen en ma présence vont comprendre à quel point il est remarquable de se représenter Neil Crone avec une aversion pour la crème glacée. Jésus, l’été dernier le Kawartha Dairy’s était à un cheveu de lancer sa nouvelle saveur “Crone Crunch”. Je faisais partie de leur plan d’affaires. C’est remarquable, je ne peux pas moi-même cesser de faire ces associations naïves. Ma plus grande crainte, c’est que, à cause des médicaments administrés par des infirmières, je vais développer une réaction de nausée à l’égard des femmes (ou au moins des femmes dans un uniforme d’infirmière)… ce qui va ruiner totalement les jeudis soirs, une fois par mois, dans notre chambre à coucher.
Alors, nous avançons lentement et parfois péniblement, pouce à pouce, à travers ce parcours à obstacles. Ce soir, je vais à Sunnybrook voir les gens de la Radiation et me faire “tatouer” la bedaine pour leurs sites de bombardement. Je me demande s’ils peuvent faire quelque chose de créatif, comme une danseuse de hula ou quelque chose qui se composerait avec mon nombril. La radiation va commencer à se donner chaque soir le, croyez-le ou non, 5 juillet… notre 18e anniversaire de mariage. Il y a quelque chose d’une ironie terriblement noire dans le geste de chasser aux radiations le diable des gonades de quelqu’un le soir de sa lune de miel. Là encore, il faut en rire.
Dans une autre semaine ou à peu près, on va me mettre un CCIP dans le bras. C’est un tube mince (j’espère qu’il sera vraiment, mais vraiment mince) qui est inséré dans une veine de mon biceps et qui court en montant sur le bras, par-dessus l’épaule et redescend vers le coeur. Le bout qui dépasse du bras est attaché à un tube qui, lui, est attaché à une petite pompe actionnée par une pile, à peu près la taille d’un Gameboy, que je vais traîner avec moi dans un sac banane pendant cinq semaines. C’est une infusion continue de chimio pendant cette période. Je ne me présente à l’hôpital qu’une fois par semaine pour les remplissages. Je me demande s’ils donnent des coupons.
Je mentirais si je disais que beaucoup de ça ne me fait pas peur. Ça me fait peur. Je n’ai pas hâte du tout de me faire entrer un tube-serpent dans le corps comme une espèce de roto-rooter. Je me demande ce que diable cinq semaines de cette saloperie vont me faire. Mais, je fais de mon mieux et, avec l’aide de ma merveilleuse femme, étonnante, patiente, aimante et très plantureuse (mon impulsion sexuelle va être la dernière chose que ma chimio touche, les amis… si je dois aiguiller toutes et chacune des dernières plaquettes de mon corps jusque là), j’apprends à m’inscrire très intensément dans le présent. Une journée à la fois et ne regarde pas trop loin devant. Se faire du souci, ça ne nous apporte rien. Chaque jour est une discipline mentale. Aujourd’hui est le premier jour du reste de votre vie… bla, bla, bla…
Vous savez ce qui me permet réellement de passer à travers ? La fin. Je pense à la fin. Je pense aux jours frais et colorés de l’automne et aux anniversaires de mes garçons et à la dernière fois où je vais sortir de ce maudit hôpital. Je vais donner un « French kiss » à une infirmière, et peut-être même à mon oncologiste, ce jour-là. Je vais baisser mes culottes et montrer mon cul à ma chaise de chimio. Et puis je vais emmener ma famille en voyage là où c’est chaud et sablonneux, où la seule chose de froid qui me va à la bouche viendra de la brasserie. Je pense à ça, les amis. Je pense à ça beaucoup.
Une fois encore, mes remerciements cordiaux à vous tous pour votre amour et votre soutien. Il faudrait que vous soyiez dans mes souliers pour savoir vraiment combien tout ça veut dire… mais, croyez-moi, chacun de vos courriels et de vos notes sont une bouée de sauvetage. Je ne peux pas vous dire à combien d’occasions un très sombre moment a été soulagé par un ou deux mots d’attention. Continuez à m’envoyer ces cartes et ces lettres, les amis.
Des tas d’amour à vous tous,
Neil
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