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Le Journal de Neil Crone

Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.

Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.


Quand vous vous glissez dans la maison… et que vos culottes sont pleines de mousse… diarrhée, diarrhée !

Chers amis, Salut encore une fois. Crime, je ne peux pas croire que ça fait presque un mois que j’ai écrit à tout le monde, la dernière fois. Le temps passe vite quand vous vous débarrassez de cellules malignes. Désolé de ne pas avoir poursuivi. J’ignore où le temps est passé. Dieu sait que je n’ai pas vraiment été occupé ou quoi. Je suis dans la première semaine de congé d’un hiatus de trois semaines de la chimio. Je dois dire que la ronde de la semaine passé dans la chaise a réellement semblé tellement mieux que ce à travers quoi j’était passé. Tout est relatif, je suppose. Cette fois-ci j’ai même conduit moi-même pour me rendre à mes traitements. Suz serait venue ; en fait, je pense que ça la rendait folle de ne pas pouvoir être là avec moi, mais les deux garçons avaient attrapé quelque chose pendant cette première semaine d’école et il fallait qu’elle soit là avec eux. Aussi que mes rendez-vous étaient à l’heure impie de 7 heures 15 le matin, tous les jours. Ce qui voulait dire que je me levais à 5h30. Mais le beau de l’affaire, c’est qu’il n’y avait jamais de queues au bar à salade à ce moment-là de la journée. Rien de pire que d’être obligé de jouer du coude pour écarter du cole slaw une vieille chauve de quatre-vingts ans quand vous vous sentez moche. « Ouais, je sais que vous avez un cancer vous aussi… comme tout le monde ! Alors, retour à la ligne, ma belle ! »

De toute façon, le fait de conduire moi-même a réellement semblé m’aider un peu. La concentration sur la conduite a fait qu’il était plus facile de ne pas me concentrer sur l’idée de vomir. Un bon compromis. J’ai fini par avoir une semaine tout à fait ordinaire. Je me sentais vraiment moche seulement au moment où je recevais les injections. Et ça, plus que n’importe quoi d’autre, est encore une affaire de mental. C’est effrayant combien forte est l’association négative, que même d’être assis ici à écrire ces lignes me fait lever le coeur. Si vous voulez savoir de quoi je parle, essayez de penser au show de Mike Bollard pendant quelques minutes. Vous voyez ce que je veux dire ?

Cette semaine, je me sens pas mal bien. Et une grande partie de ça, c’est que je peux finalement voir la lumière au bout de c’te maudit tunnel. J’ai encore une autre semaine de chimio (et c’est seulement une semaine de quatre jours, courtoisie du lundi de l’Action de grâce… Dieu bénisse les Pilgrims) et, je l’espère, ce sera la dernière du reste de ma vie. Je me sens, genre, comme un enfant, quand il ne lui reste plus que ce dernier morceau de broccoli dans son assiette et qu’il sait que s’il peut juste engloutir c’t’affaire-là, il y a une grosse pointe de tarte aux pommes qui attend avec son nom écrit dessus. Je combats encore la fatigue et quelques bobos dans la bouche. Et, bien sûr, je vis avec depuis si longtemps que ça semble simplement normal d’avoir une diarrhée la plupart du temps. (Si je vais aux cabinets moins que six fois par jour, je me sens constipé.) Mais il est beaucoup plus facile de composer avec ça quand vous savez que ce sera bientôt fini et que la vraie guérison pourra commencer. Mon ami Ray m’a envoyé un courriel, l’autre jour (Ray est mon héros, qui est passé par tout ça et pire), et il mentionnait dans sa lettre quelle chose étrange c’est que d’être en guérison pendant si longtemps que vous commencez à oublier comment on se sent en réalité quand on est en bonne santé. C’est vrai. J’ai perdu contact avec ce sentiment de me réveiller en me sentant complet. Surtout, je me réveille seulement à cause de mon trou. Mais ça revient tranquillement.

Ma marche matutinale continue à être le point saillant de ma journée. Ianto (chien avec des problèmes) et moi sortons juste après avoir mis les garçons sur le chemin de l’école, vers les 8 heures 30, et nous sommes généralement partis une demi-heure. Je pourrais marcher dans la campagne pendant des heures si j’en avais la force. Je ne peux pas vous dire quelle paix m’apportent ces heures matinales. En fait, je commence à avoir un peu peur de retourner à la « vie normale ». D’une certaine façon, j’ai été très gâté ces six derniers mois. Je suis allé à Toronto en voiture une ou deux fois pour enregistrer quelque matériel vocal en retard et, chaque fois, la route m’a quasiment tué. Quand vous vous êtes soudainement fait retirer la garantie prolongée sur votre vie, quatre précieuses heures de cette vie-là perdues dans des embouteillages chaque jour semblent impardonnables. Il se peut que je doive réviser cette affaire de navettage.

Je ne m’ennuie pas du tout du « biz », vraiment. Et, franchement, ça m’est venu un peu comme une surprise. Je m’ennuie des gens, de mes amis et de leur merveilleux sens de l’humour, je m’ennuie de faire du kibbutz aux auditions, mais je mentirais si je disais que j’ai bien hâte de retourner à passer 14 heures par jour dans un cubicule de 4 X 8 à attendre de jouer le rôle de « Cop #4 » ou assis dans un bureau de casting avec cinquante autres, à attendre pour voir lequel d’entre nous pourra dire le mieux « Chérie, ma chemise sent bon ! ». Traitez-moi de dingue, mais à un certain point, ça a perdu de son charme. Je pense que cette affaire m’a affecté de plus de façons que je croyais. Des amis qui sont passés par là m’ont dit que ça arriverait. Je pensais seulement, à ce moment-là, qu’ils étaient un paquet menteur survivants du cancer, je pense.

Mais je suis heureux, les amis. Les choses qui sont les plus pures et les plus vraies et les plus fortes n’ont pas changé d’un iota pour moi pendant tout ça. J’ai encore le meilleur partenaire au monde dans « l’insubmersible Suzanne », mes enfants sont une bénédiction chaque jour et ma famille et mes amis ne cessent jamais de m’émerveiller avec leur amour et leur soutien. J’ai beaucoup à « redonner ». Un travail auquel, contrairement au « Cop #4 », j’ai bien hâte de me mettre.

Des tonnes d’amour à vous tous. J’espère que cette note vous trouvera, tous et chacun d’entre vous, rutilants de santé et de bonheur.

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