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Le Journal de Neil Crone

Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.

Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.


Rapport de la centrale du Cancer

Permettez-moi de commencer cette missive en remerciant tous et chacun d’entre vous d’avoir tout lu tout de ce genre. Il m’est apparu, alors que j’ajoutais tous vos noms à la liste « Blind carbon copy » de cette lettre, quel nombre incroyable de bons et patients amis je pouvais avoir. Ça veut vraiment dire tellement pour moi. Une occasion de communiquer et de partager un peu de ce magma répugnant avec d’autres rend la chose beaucoup plus supportable, croyez-moi. Alors, une fois encore, merci à tous.

Je suis présentement dans la première partie du « dos d’âne ». L’odyssée de cinq semaines d’infusion constante de chimio et de traitements chaque soir aux radiations. La radiation se termine chaque semaine, le vendredi, mais la chimio, Dieu la bénisse, travaille en surtemps, 24/7. La petite bâtarde est comme un propriétaire de magasin coréen.

Je porte ma pompe en ce moment. C’est une petite boîte électronique à peu près de la taille d’un « gameboy » ou peut-être d’une de ces calculatrices de Texas Instruments avec lesquelles nous pouvions tricher pour passer notre calcul différentiel, dans les années 70. Elle vit dans un élégant étui que je porte autour de la taille. Elle a un nom officiel, CADD Prizm 240 ou quelque chose comme ça. Je l’ai depuis cinq jours maintenant et, à mesure que nous faisons connaissance, je réalise que le CADD Prizm 240 ne fait pas que travailler. Elle est bien trop impersonnelle. Après tout, je dors avec cette chose, je prends mon bain avec cette chose, je vais à la toilette avec cette chose. Je pense que nous devrions au moins nous tutoyer. Alors, j’essaie différentes prises. Jusqu’à maintenant j’ai trouvé “Grendel”, “Golem”, “Beelzebub” et, oh oui, “Brad”. Je vous dirai lequel de ces noms va coller quand je vais les essayer pendant les cinq prochaines semaines.

La chose pompe, vraiment, n’est pas un trop gros encombrement. Croyez-le ou non, vous vous acclimatisez assez rapidement à avoir un appendice de plus. Je ne réaliserais probablement même pas qu’elle est là la plupart du temps, si ce n’était qu’elle fait entendre ce petit grognement coléreux toutes les quinze minutes ou à peu près quand elle pousse une autre charge toxique dans mes veines. En fait, elle sonne comme si elle s’y plaisait. La petite merde. J’ai entrepris de la fourrer en-dessous d’un oreiller, la nuit, pour nous éviter, à Suz et moi, l’obligation de l’écouter.

Des infirmières de soins à domicile viennent chaque semaine drainer mon CCIP et changer mon pansement. Ce sont des gens merveilleux. Elles sont toutes très drôles et énergiques. Plus comme des amies que comme du personnel médical. Elles sont très utiles, avec toutes les questions ou les craintes que je peux avoir. Une d’elles m’a même dit d’où venaient les petits bébés. Wow, ça c’était dégueu.

Pour les traitements aux radiations, c’est une toute autre affaire. Imaginez de prendre rendez-vous tous les soirs pour aller dans une chambre, vous coucher devant de complets étrangers et vous mettre le derrière à l’air. Je sais que certains d’entre vous se rappellent d’un voyage en Thaïlande, il y a longtemps, et qu’ils hochent de la tête. J’aurai quatre-vingts ans et j’aurai encore des cauchemars dans lesquels je vais entendre cette voix orientale, froide, plate, désincarnée, dire : « Ok, maintenant, M. Crone, je vais juste mettre ce morceau de métal près de votre anus… ok ? » Comment vous répondez à ça ? « Hé, pas de problème, Chu, mon anus, c’est ton anus, mon chum. »

La pire partie, c’est d’essayer de faire la conversation quand vous avez la face coincée à travers un trou en caoutchouc dans la table, pendant qu’un technicien vous tripote les hanches comme une darne de saumon frais. Dieu merci, toute l’affaire ne prend vraiment que quelque 15 minutes, alors je me rappelle seulement mes jours de prison et je prends de grandes respirations.

Ce qui est probablement la partie la plus difficile de cette étape du cheminement, c’est qu’ils ont été plus que francs et ouverts pour me dire que le pire est encore à venir. Apparemment autour des deux semaines, résultat de la combinaison de la chimio et de la radiation, je peux vivre n’importe quoi, d’une diarrhée à une combustion spontanée. Je n’en peux plus d’attendre.

D’ici là, je le confesse, je suis très fatigué la plupart du temps. Et ça commence à m’enquiquiner. Peut-être que c’est parce que je suis au milieu de cette chose et que la fin semble encore bien loin, ou peut-être que c’est juste d’en avoir ras le bol d’être malade. Quelle que soit la raison, je trouve que ma patience est facilement mise à l’épreuve. Je trouve que je glisse rapidement dans le sarcasme. Un endroit désagréable, mais parfois plaisant, où être.

Suzanne est encore mon plus grand ami et ma meilleure aide. Je ne peux pas imaginer où je serais sans elle. Probablement sur une remorque dans la parade de Pride, ou quelque chose. Je ne sais pas. Elle montre une patience et un amour remarquables chaque jour. Je sais que je ne suis pas le gars le plus facile à vivre certains jours. Et elle porte non seulement mes inquiétudes, mais les siennes et celles des enfants aussi. Pour comble, je lui ai demandé si elle pouvait tenir la pompe pendant que nous faisons l’amour. Ça, c’était peut-être une erreur de jugement.

De toute façon, mes amis, nous y voilà, au milieu de cette situation ridicule. Dans mes bons jours, je me sens plutôt bien et de suis véritablement heureux d’être ici et je sais que tout ça va finir très bientôt. Mais dans ces jours sombres, les jours où il semble que tout ça est en train de me défoncer, quand les larmes sont à un clin-d’oeil de couler, j’ai grand réconfort de savoir combien d’entre vous êtes là à m’envoyer de l’aide. Vous êtes ma planche de salut à ces moments-là. Vraiment. Comme je l’ai dit avant, et je vais le redire et le redire encore, continuez à envoyer ces cartes et ces lettres. Ce sont les cordes auxquelles je m’accroche.

Des tas d’amour à vous tous

Neil

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