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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
Rendre ma « Carte Homme »
Je pense que je suis dangereusement proche de devoir rendre ma « Carte Homme ». Je vais admettre que je n’ai jamais été exactement le gars des affiches vantant la testostérone. Je n’aime pas me battre, je ne bois pas beaucoup, même si j’essaie, et j’ai toujours eu le sentiment que c’était moi qui était dépucelé. Pour le comble, je suis devenu comédien. Par exactement Papa Hemingway.
Mais, malgré tout ça, je pense que j’ai réussi à m’accrocher à ma mâlitude, même si ce n’est que par un fil. Mais ces derniers temps, avec la survenance de mes aventures dans Cancerville, je crains d’être vraiment en train de marcher sur une glace mince pour ce qui est d’être homme.
Pour commencer, maintenant, je serre tout le monde dans mes bras. Tout simplement. Comme Ebeneezer Scrooge après sa re-naissance récente, je ne peux tout simplement pas me retenir. Si je vous aimais avant, je vous adore maintenant. Mes amis de garçons ont commencé à porter des épaisseurs de vêtement supplémentaires comme tampons à mes démonstrations d’affection. Mais ça ne va pas m’arrêter.
J’ai aussi développé un goût pour les cristaux de bain et les longues trempettes dans la baignoire. Cela ne serait pas si offensif pour les membres de la Guilde des hommes s’il y avait une personne du sexe opposé dans ladite baignoire avec moi. Mais je vous l’assure, je suis seul là-dedans. C’est comme ça que j’aime ça. C’est calme, c’est une détente et ça m’aide à dormir. Ces derniers temps, j’ai même commencé à allumer des bougies. Ça, je le sais, c’est en contravention directe de l’article 14, sous-paragraphe 12 du Code de l’Homme, qui stipule spécifiquement que « aucun homme n’allumera de bougies, parfumées ou autres, dans une salle à baigner, à moins que les bougies ci-devant mentionnées ne soient utilisées exclusivement pour a) l’établissement et la preuve d’un « ange bleu » ou b) la flatterie, transparent mais efficace, adressée à une partenaire/épouse dans l’espoir d’être chanceux. » Le livre est très clair là-dessus.
Je fais aussi du Yoga depuis maintenant un an, et j’admets connaître par coeur les mots d’au moins deux ou trois chansons de Barry Manilow, et, quand je suis stressé, je ne fais pas de kick-boxing ou de travail sur la voiture, je fais des gâteaux. C’est vrai. S’il vous arrive de passer par chez moi un de ces jours et que la maison sent les délicieux biscuits, il est probable que je suis en train d’avoir une mauvaise journée.
Quoi qu’il en soit, je sais qu’il m’ont à l’œil. Je suis sur leur liste de personnages « à surveiller ». J’ai vu le VUS noir anonyme stationné près de ma maison. Je sais que là-dedans, c’est plein d’équipement de surveillance et de gars qui s’appellent Chuck, qui fument des Marlboros et qui font bien attention pour ne pas s’asseoir trop proche les uns des autres. Je suis sur la bulle. Si je vais jusqu’à mettre les pieds dans un Body Shop ou à regarder un film de Judy Garland, ils vont me casser les côtes. Je serai expulsé. Et je ne veux pas l’être. J’aime être un homme. Jusqu’à maintenant, je pense que j’ai été capable de m’acheter un peu de temps en regardant quelques-uns des films de Steven Segal et en sacrant contre les Leafs, mais je ne sais pas si ça va suffire. Et, franchement, je suis fatigué de courir.
Fatigué d’acheter mon shampooing dans un sac de papier brun, fatigué d’envoyer les enfants au magasin acheter quelques bâtons d’encens et une barquette de pommade pour le visage à l’avocat, pour le vieux. C’est sûr qu’il doit y avoir d’autres hommes comme moi là-bas. S’il y en a, nous devons faire front commun, pour parler et partager ce que nous ressentons. Nous pourrions nous rencontrer chez moi. Je viens d’acheter la tisane au ginseng la plus fantastique… Oh, mon Dieu.
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