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Le Journal de Neil Crone

Neil Crone est un comédien et un écrivain et un porte-parole national pour l’ACCC. Improvisateur vétéran de Second City, hôte et monologuiste, Neil adore aussi écrire des poèmes et des histoires pour les enfants, “ petits et grands ”.
Neil a tenu un journal de son expérience du cancer colorectal.
Le vrai de l’histoire
Bon, me voici de retour. Après une semaine et demie où j’étais incapable de déplacer une souris d’ordinateur sans me mettre à suer ou m’évanouir d’épuisement, je suis enfin capable de m’asseoir au clavier et de me remettre à communiquer avec mes amis.
Voyons, par où commencer ? Tout ça a été tellement amusant. La chimio est tout ce qu’ils disent que c’est, et moins. Si ce n’était pas des infirmières qui viennent à moi, je ne suis pas sûr que j’aimerais y retourner. Suzanne a été malgré tout très bonne concernant leurs avances sexuelles et elle fait bravement la sourde oreille. Elle ne pense qu’à ma santé. Quel camarade.
Pour ceux qui n’ont pas passé ou qui ne connaissent pas quelqu’un qui est passé par le traitement du cancer, vous pourriez peut-être légèrement profiter de ma version « Coles notes » des faits. Chacun est bien sûr différent, mais dans mon cas, c’est un peu comme d’avoir une légère grippe tout le temps. Vous vous sentez simplement un peu « hors de votre assiette ». Pendant la plupart de la dernière semaine et demie, j’ai été très fatigué tout le temps et légèrement nauséeux. J’ai la bouche qui, parfois inexplicablement, goûte comme si je m’étais brossé les dents au Brasso. Mais j’ai de la chance. Je n’ai pas en fait eu de vomissements. C’est vraiment plus comme si vous étiez obligé de regarder des épisodes de « Who’s the Boss » ou de « Full House » sans interruption. Cette sorte de nausée.
Un effet secondaire très étranger, sur lequel nous avions lu des choses mais que nous n’avions pas anticipé, c’est le degré de virulence que le soleil peut avoir sur moi. Dans l’espace de seulement cinq minutes, je attrapé un de ces coups de soleil juste en me tenant à l’extérieur du stationnement de l’hôpital à attendre que Suz s’amène avec la voiture.
Je me suis donc acheté quelques grands chapeaux à bords mous. J’ai maintenant l’air de Truman Capote sur les stéroïdes quand je déambule avec mes longues manches de coton, mon chapeau et mes verres soleil.
J’ai dû combattre quelques cloques sur les lèvres (là aussi un autre effet attendu de la chimio), mais ça n’a vraiment pas été trop mal. J’ai entendu des histoires d’horreur d’autres personnes qui en avaient la bouche couverte. Mais ce sont probablement du mauvais monde, qui auraient attrapé ça de toute façon.
Il y a eu un autre effet secondaire qui n’était pas recherché, qui a été un peu choquant. Je vais devoir apprendre à vivre avec des organes génitaux énormes, je crois bien. Qui le savait ?
Suz et moi continuons à lire et à nous éduquer sur cette affaire. Nos attitudes envers la maladie ont toutes changé, mûri si vous voulez. Nous sommes passés d’un état de tristesse et de peur à une approche beaucoup plus pragmatique. Nous avons un travail à faire et ça va nous prendre de 5 à 6 mois. Puis ce sera chose faite. Ce sera difficile à certains moments. Parfois inconfortable, mais il y a une limite à ça. Je regarde avec anticipation le 13e anniversaire de mon fils à la fin de septembre. Ce ne sera alors plus qu’un souvenir.
Je m’ennuie beaucoup de vous. Pas de certains d’entre vous, mais vous vous connaissez. Je m’ennuie d’être plus humain et de ne pas « avoir l’air » malade. Je suis au point où j’arrache les pansements et les tampons de coton qui couvrent mes trous d’aiguilles simplement parce que je pense qu’il me font avoir l’air malade et que, par conséquent, il me font me sentir malade. Je veux lutter avec mes enfants à nouveau, et je pense que le ferai bientôt. Aujourd’hui, comme vous pouvez le voir peut-être par ma verbosité au clavier, c’est un point tournant. Je me sens mieux. Plus comme moi-même.
Je ne travaille pas, c’est-à-dire que je ne joue pas. Je ne sais pas si je vais pouvoir, cet été. Les trois semaines de temps de récupération entre les traitements ne vous donnent pas beaucoup de temps pour prendre un booking et faire un gig. Et, dans un mois et quelque, je me prépare à 5 semaines solides de chimio continue et de radiation tous les jours. Je ne pense pas que je vais avoir beaucoup de force ou de temps à ce moment-là pour faire quoi que ce soit de plus que de luire dans la noirceur. Mais j’écris. Dieu merci pour l’écriture. J’espère commencer mon deuxième livre cet été. C’est un but sur quoi porter mon attention.
Mais je compte bien revenir. Revenir au travail, revenir à Toronto, revenir à mes amis comédiens, merveilleusement créatifs, merveilleusement drôles, revenir à mes copains de hockey, revenir à mes voisins et à ma famille, revenir à ma vie. Les choses ont été seulement reportées pendant un moment.
En attendant, je prends tout ça comme un cadeau. Si ça sonne drôle, permettez-moi d’expliquer. Imaginez-vous que vous vous leviez un jour et que vous étiez soudainement, vivement et dans un délire conscient de la quantité d’amour qui vous entoure à chaque détour de votre vie ? Imaginez-vous pouvoir tomber en amour à nouveau, et bien plus fortement, avec votre épouse et d’aimer et chérir vos enfants et vos amis comme vous n’avez jamais pensé qu’il était possible de le faire ? Et tout ce que vous auriez à faire, ce serait de passer par quelques mois d’inconfort ? C’est comme là où j’en suis… et je réalise que ce n’est pas vraiment un mauvais endroit où être. Seulement un endroit différent.
Je veux vous remercier tous de m’aider à atteindre cet endroit. Votre bonté, votre appui et votre amour ont été les panneaux indicateurs qui m’ont dirigé le long du chemin.
J’ai encore mes journées, bien sûr, et Suzie sera la première à vous le dire, où je pense que j’ai eu mon lot de merde et que je suis dans un état merdeux, irascible, mais je m’améliore pour traiter de ces moments. La méditation est une chose merveilleuse.
Dans l’intervalle, merci encore, chers amis et parents, pour tout. Je vous aime tous beaucoup. Prenez bien soin de vous et mangez votre fichu broccoli.
Votre cher ami,
Neil
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