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Le Journal de Tom Philp

Tom Philp a écrit un journal intitulé « Don’t be a man : Do the right thing », une série continue concernant la vie avec un cancer selon le point de vue de Tom.
Une banane par jour vous aide à bien voir les choses
par Tom Philp
Un des aspects les plus plaisants de la guérison d’un chirurgie du côlon à la maison, ce fut d’avoir le temps de faire deux des choses que j’adore : lire et écrire. J’ai tendance à laisser à elles-mêmes les ‘rithmétiques, parce je n’y suis simplement pas bon.
Sachant que j’aurais à affronter à peu près trois mois hors du boulot quotidien et du stress au travail, j’ai concocté un plan pré-chirurgie à lire… beaucoup. À cette fin, je me suis assuré que mes abonnements à mes revues étaient à jour, que ma carte de bibliothèque était renouvelée et que mes listes de nouveaux livres à lire, et de mes vieux livres préférés à relire, étaient non négligeables.
Le cancer du côlon est apparenté au régime alimentaire, à la génétique et à l’environnement. Pour l’arbre généalogique, je n’y pouvais rien et je n’y peux rien ; c’est une donnée. Mon régime alimentaire devait changer un peu, en ajoutant plus de légumes et de fruits pour donner à mon système digestif les gâteries en forme de fibres dont il est friand, tout en réduisant la consommation de viandes rouges. Pour ce qui est de mon environnement, Linda et moi vivons déjà dans un calme hameau à la campagne, entourés d’arbres matures, de champs de ferme et des restants de ce qui fut jadis un prospère verger de pommes.
Le seul changement environnemental que je pouvais contrôler complètement, c’était le temps que je consacrais à lire et à écrire pendant ma guérison à la maison.
J’avais déjà promis de relire les nombreux livres écrits par mon ami, l’auteur du Cap-Breton Silver Donald Cameron (et je recommande les écrits de Don à quiconque aime ce pays : www.islemadame.com/sdc), et un courant ininterrompu de MacLean’s, de Saturday Night (hélas défunt), de Home Workshop, de Châtelaine et autres belles revues était assuré. Les volumes des contributions passionnées de Farley Mowat avaient été retirés de mes étagères (plus de lecture essentielle pour les Canadiens intéressés … et je dois vraiment faire que Farley autographie ma première édition de Never Cry Wolf). Il y a toujours du réconfort dans la familiarité quand il s’agit de littérature.
Ce fut aussi le temps de voir ce que mon ami Internet avait à offrir en termes de nouveau talent littéraire. J’en avais à peu près épuisé les ressources de recherche pour des renseignements concernant le cancer colorectal, et il était temps d’utiliser mon accès haute-vitesse pour aller chercher de l’information non médicale. Et c’est là, dans le cyberespace, que j’ai découvert “Banana” Yoshimoto et sa nouvelle, intitulée « Kitchen ».
Yoshimoto “Banana” Mahoko est une Japonaise prolifique dans la quarantaine, qui a écrit Kitchen il y a environ 20 ans alors qu’elle travaillait comme serveuse, souvent pendant ses pauses. Kitchen est divisé en deux histoires (Moonlight Shadow est la deuxième partie), où le personnage principal de chaque histoire, une femme, vit la perte d’êtres chers. Les deux histoires juxtaposent des événements miraculeux à la vie quotidienne, et rappellent aux lecteurs que l’aspect imprévisible de nos vies devrait être plus accepté, même célébré, que nos destinées devraient être pleurées.
L’écriture de Banana Yoshimoto m’a réellement fait m’asseoir et prendre note. J’étais passé par une chirurgie majeure et quelques complications à l’hôpital, et j’étais maintenant à la maison, à me reposer dans l’espace vert ensoleillé qu’est notre cour arrière. Je pensais que les heures et les jours d’apitoiement sur moi-même étaient derrière moi, mais soudainement je réalisais que les “pourquoi moi” n’étaient pas complètement partis. J’étais encore en deuil du cancer qui avait envahi mon corps ; fâché de ce que ma vie ait été si dérangée par cette masse maligne et la chirurgie qui l’avait enlevée, que je ne pouvais pas me permettre d’accepter entièrement que j’étais … que je suis … libre de cancer.
« J’avais seulement à retourner jeter un dernier coup d’oeil à la cuisine. C’était réellement une bonne cuisine. », lit-on dans un passage du livre.
Il nous faut parfois passer juste un peu plus de temps à réévaluer nos situations pour comprendre à quel point nous l’avons « bonne ». Et il m’a fallu un cancer du côlon, une chirurgie, et un repos obligatoire à la maison, où j’ai découvert les livres d’une écrivaine japonaise, pour m’aider à comprendre ça.
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