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Un voyage le long du corridor rose

Par Jim Caruso

Voici revenu le temps. Tous les trois ans je me soumets à une investigation qui porte sur l’état de mon côlon. C’est une affaire de famille ; certaines familles laissent à leurs enfants beaucoup d’argent, une maison d’été, un nom dans la communauté, des RÉER, mais non, moi, il faut que j’aille voir si j’ai hérité d’un cancer du côlon.

Cette aventure a en fait commencé il y a trois ans, quand j’ai fini ma dernière colonoscopie. C’est à ce moment-là que je me suis dit « Ah non ! il ne reste que 1095 jours avant que je doive refaire ça. » C’est vraiment excitant si vous vous trouvez à être entre l’année bissextile parce que vous avez un jour de plus. Ça commence avec le pré-examen pour le docteur, ce qui aide votre mémoire de façon significative. Flashback vers le futur, oui, je sais ce que je dis, flashbacks de ce qui s’est produit et qui est à la veille de se reproduire. Le jour J qui, pour ceux qui sont passés par là, est défini comme ce jour d’épouvante. Ça se passe habituellement un vendredi, ce qui donne au médecin beaucoup de temps pour fuir de la scène avant que vous reveniez à vous.

Le jeudi peut être une journée occupée de préparation, si vous savez ce que je veux dire. La prescription est pour deux bouteilles de « fleet », mais depuis qu’un fabricant de boissons gazeuses a décidé d’investir dans les entreprises d’évacuation (des déchets), nous avons maintenant ce produit appelé Citro-Mag. Pouvez-vous juste voir le commercial télévisé pour ce produit : « Citro-Mag, maintenant à saveur de citron ; servez froid. Prenez-en une à 19 heures avant le grand jour. Restez à la maison, lisez beaucoup et prenez beaucoup de sommeil, au moins jusqu’à quatre heures du matin, alors que vous devez vous lever et boire une autre bouteille complète avant de vous rendormir. » Si vous achetez notre produit en paquets de 12, nous vous donnerons un t-shirt avec le logo « THINK PINK ».

Bon, il est maintenant 7 heures 30 et c’est le temps de m’inscrire à l’hôpital. Avez-vous jamais remarqué le gens qui ne se font pas faire d’examen, comparativement à ceux dont c’est le cas ? La très gentille réceptionniste dit avec un sourire, « Oui, je vois que vous êtes ici pour une colonoscopie », et vous savez qu’il savent que vous êtes resté chez vous toute la soirée. Du côté positif, si un crime est perpétré dans votre ville entre 19 heures et 7 heures 30 le lendemain, vous avez un alibi solide. Bon, peut-être que solide n’est pas le mot, mais vous avez quand même un alibi à toute épreuve.

L’infirmière est très gentille. Mais vous le seriez si ce n’était pas vous qui étiez à la veille de passer à travers ces 20 prochaines minutes d’aventure pour la personne intérieure. Elle prend votre pression et puis vous demande de mettre cette jaquette, en gardant seulement vos chaussettes si vous préférez. Les jaquettes sont splendides, trois attaches à l’arrière, dont vous ne pouvez rejoindre que la plus haute. Vous savez d’expérience que ça ne sert à rien de vous couvrir avec la jaquette, de toute façon, parce que c’est comme d’essayer de couvrir votre BBQ avec un sac à sandwich. Ensuite, je me rappelle avoir été poussé dans la salle d’examen et, au moment où j’entrais, j’ai vu l’armoire légèrement ouverte. Je ne pouvais pas le croire. L’infirmière a dit qu’ils allaient m’envoyer en-dedans un « fil » muni d’une caméra pour m’examiner le côlon. Les « fils » que j’ai vus dans l’armoire avaient l’air de l’endroit où les pompiers de l’escouade locale font sécher leurs boyaux après un incendie. Il y avait des boyaux longs et épais au bout desquels vous pourriez monter un « palmcorder ».

On me dit de me tourner sur le côté et je vois une télévision avec mon nom sur l’écran. J’ai comme le sentiment que c’est le commencement d’un film, et j’espère que la compagnie de câble n’est pas dans l’édifice. C’est à ce moment-là que l’utilité de la jaquette devient évidente. Je sais qu’il y a des gens qui ont été accusés de ce que j’ai fait à ce médecin et à ces deux infirmières juste à ce moment-là. « Les genoux en-haut ici, s’il vous plaît, Non comme ceci, Non comme ça, O.K., maintenant détendez-vous. » Ouais, bien sûr. Puis vient le valium, c’est la meilleure partie. Un voyage dans un autre monde, complètement financé par le gouvernement. Ils ont enlevé les drogues de la rue.

Je suis maintenant dans un état comateux. Pour la plupart des gens qui me connaissent, ils ne remarqueraient probablement pas la différence. Je porte occasionnellement attention à l’écran de télévision et, le voilà, le corridor rose. Le « fil » monte, puis une bouffée d’air, qui aide ce câble de la taille d’un boa constrictor à tourner le coin. Le côlon, pour des raisons que j’ignore et d’autres, est en forme de “n”, ce qui fait que le voyage le long du corridor ressemble plus à un parcours à obstacles qu’à un examen. Douleur. Une douleur qui n’est habituellement pas permise dans mon corps à ce niveau-là, fait une poussée, explose, déchire et me fait généralement me sentir très inconfortable. J’ai grogné et suggéré que nous en finissions avec cela un de ces jours, peut-être pendant mon examen post-mortem. Encore un coin à tourner, et nous arrivons à la fin. Je vois une infirmière hors de ma vision périphérique obscurcie, se tirer de la pièce. Elle accroche le « fil » à un camion, dans le stationnement, pour le retirer de mon corps. Je le sens sortir, pas très rapidement, ce dont je suis heureux. Jusqu’à ce que je voie pourquoi ils ont ralenti. Maintenant la procédure s’arrête, et hors du « fil » de la grosseur d’un boa constrictor, avec la caméra encore attachée, (ce dont je remercie le ciel qu’il ne l’aient jamais perdue), une tête d’acier reluisante d’un Tyrannosaurus Rex miniature sort pour attaquer les redoutables polypes. Je suis maintenant un porteur de polypes officiel. Il y a trois types de polypes. Ils ressemblent à des muffins au son qui ont été écrasés par un camion sur l’autoroute. La tête reluisant du T-Rex consume ces polypes en quatre attaques féroces. Cela fait, ils partent le camion et le « fil » est enlevé. Une grande partie de la douleur est laissée à sa place. Il semble que nous ayons une valve à pied de posée à l’extrémité du côlon. Mon expérience est que cette valve laisse entrer le « fil » et les bouffées d’air, mais laisse sortir seulement le « fil ». (À suivre)

Il est également très intéressant que, quand j’ai été admis tôt ce matin-là, le formulaire énonçait que la raison de mon admission était une douleur abdominale. Je n’en avais aucune quand j’ai signé le papier, mais je réalise maintenant pourquoi ils ont écrit ça, ça disait que j’aurais une douleur abdominale quand je quitterais.

Finalement on me sort de là. On me laisse dormir là-dessus ; encore avec toute la douleur d’une fusion nucléaire au bas de mes intestins, je continue à me plaindre avec des mots qui ne pourraient pas être prononcés, en me joignant à d’autres à quelques lits de moi. Une heure plus tard, je suis en route pour la maison, incapable de m’asseoir ou de me tenir debout ou de me coucher, même ramper était difficile. Et j’étais très fatigué.

Je suis si content que ma femme soit venue me chercher pour me conduire à la maison, puisque je suis considéré comme ayant mes facultés affaiblies, maintenant que j’ai pris la valium. Je réalise que de prendre le transport en commun à ce moment-ci pourrait s’avérer être très embarrassant. Je pourrais juste le voir maintenant : l’autobus se range sur le côté du chemin, tout le monde descend et le Swat Team arrive et prend l’autobus d’assaut. J’entends le chef de l’équipe hurler, « Ok, nous savons que vous avez une scie à chaîne là-dedans, et que vous essayez de la faire démarrer depuis une demi-heure. Lancez-la dehors et sortez les mains en l’air ».

Enfin à la maison, j’ai une chance de dormir dessus pour m’en débarrasser. Quatre heures plus tard, je suis maintenant réveillé et je me sens beaucoup mieux. Je pense seulement que dans encore 1095 jours nous allons avoir a refaire tout ça encore une fois. Je me demande si je devrais former un groupe de soutien entre temps. Peut-être qu’on pourrait l’appeler les Survivants du corridor rose. Je suis sûr que la Citro-Mag Company nous commanditerait.

Jim Caruso
pjcaruso@shaw.ca
Parksville (Colombie-Britannique)

Les points de vue et opinions de l’auteur ne reflètent pas nécessairement les points de vue et opinions ou les objectifs de l’Association canadienne du cancer colorectal.

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